Apocryphes, hiver 2018-2019

François Bon a eu cette idée folle de demander aux participants de son atelier d’écriture d’écrire des textes apocryphes les uns des autres. Aller chercher parmi  les autres plumes de cette étonnante maison aux mille fenêtres des auteurs qui inspirent l’envie de prolonger un peu leurs mots, et essayer de me glisser dedans. Défi. Prise par d’autres priorités, je n’ai pas terminé à temps pour que mes textes soient publiés sur « ma » page. Je les publie tout de même ici. Je ne sais pas si je suis réellement entrée dans l’univers des auteurs que j’ai choisis, j’ai l’impression que mes textes ne sont pas de très bons apocryphes. Plutôt des « variations sur ». J’ai un  peu l’impression d’être entrée chez eux sur la pointe des pieds et d’avoir dessiné un trompe-l’œil de fenêtre donnant sur chez moi à la craie sur un mur. Je ne sais pas si ça leur fera entrer de l’air frais… Moi en tout cas je les remercie des murs car sans eux il n’y aurait pas eu de fenêtres, et depuis chez moi, ça ouvre.

 

  1. Mateo London dont j’ai aimé l’écriture ramassée et étendue tout à la fois et les algues sur la grève. Grand-mère n’attirait personne avec des patisseries. Il y avait plus de conserves que de confitures chez elle, pas de malle remplie de jouets; les jeux auxquels on jouait étaient des jeux de dehors, d’ailleurs je jouais dehors et pas dedans. Dehors sous la pluie, dehors dans le pommier, dehors dans l’appenti avec l’odeur des fruits et de l’essence. Dehors en attendant d’aller sur la grève. Ses rides semblaient appartenir au monde extérieur comme les chemins creux et les ruisseaux que je connaissais: elle avait cette élégance de porter sur son visage des plis qui reflétaient le paysage.
  2. Marlen Sauvage à cause de la folie et de la danse, et de l’envie de donner une autre lecture d’Ariane. Ariane était-elle destinée à épouser Dionysos ? Etait-elle destinée à épouser Thésée ? Etait-elle comme ce fil si généreusement confié à celui qu’elle avait choisi d’aimer, était-elle tissée de plusieurs cordes, autour de son âme le fil à vif, une et plusieurs, à la fois rires et larmes et les deux à la fois ? On raconte qu’elle dansait sur ce fil, que dans sa fureur elle y dansa, que Dyonisos en fut séduit et qu’il s’empara d’elle en tirant ce fil à lui, depuis l’Olympe. On raconte qu’elle l’aima et puis qu’elle s’y pendit. La couronne boréale ressemble à un nœud coulant.
  3. Christelle M dont les textes sont étrangement pleins d’échos familier, si bien que je peux y rôder comme dans un chez-moi ensauvagé. Il s’appelait Vincent et n’avait pas toujours habité là. Quand il pensait à lui même il s’appelait Bambi, Bambi l’orphelin, c’est ça qu’il racontait à sa chienne les après-midi quand ils s’asseyaient tous deux au soleil devant la maison et que les passants pensaient qu’il se parlait tout seul. Les enfants lui disaient parfois bonjour et il répondait plutôt gentiment aux enfants, les enfants lui faisaient penser à son fils, déconne pas Kevin il disait aux enfants et ils rigolaient. Il aimait bien la maison, il y avait des courants d’air et le lit en métal n’était pas d’aplomb mais c’était bien quand il pleuvait. Quand il faisait sec il préférait s’asseoir pour faire la manche dans la rue, juste devant la porte comme pour empêcher quiconque d’entrer chez lui. La maison du clochard. Comme ça que les enfants en parlaient. Parfois il s’éloignait un peu, pas loin, il allait sur le trottoir d’en face, parce qu’il y avait une pompe à eau dans le porche d’un immeuble. Dans la maison, il n’y avait plus d’eau depuis longtemps. Déconne pas Kévin, déconne pas il disait. Il remplissait sa bouteille en plastique. Puis la copropriété a fait enlever la pompe à eau. Après il a disparu. La chienne aussi.

Publié par

Ana Ressouche

Ana Ressouche a fini d’hiberner et habite une maison à construire.

3 réflexions au sujet de « Apocryphes, hiver 2018-2019 »

  1. Merci pour l’apocryphe et la mise en ligne sur votre blog ! Moi aussi j’ai été hors délai (à un jour près, mince ! ) … mais j’ai quand même envoyé au « grand manitou » 😏👍 , comme disait quelqu’un sur un malentendu ça peut passer, peut-être qu’en lui faisant les yeux doux il va le mettre en ligne. Je ne peux même plus dire qui j’ai apocryphé exactement, je me suis promené sur les murs de chacun et j’ai picoré des bribes qui me parlaient, sans noter leur auteur.e et leur provenance. C’est là:
    http://mateolondon.wixsite.com/mateolondon/blog

    Bonne suite

  2. Ana, je voudrais tout simplement rebloguer ou envoyer sur Facebook ou Twitter et ne puis point…😀Bon, m’en vais trouver une autre solution… Merci encore en tout cas pour cette fenêtre qui me permet de faire le lien entre Ariane et ma danseuse !

    1. Merci Marlen, tout le plaisir était pour moi… Et merci de mettre de doigt sur un oubli de ma part: je vais voir de ce pas si je peux ajouter un petit outil pour permettre de faire rebondir mes pages vers d’autres réseaux sociaux!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *