J’ai rêvé de la fin d’un mouvement littéraire

Dans mon rêve, je fais partie d’un groupe d’écriture. Nous sommes 4 ou 5 femmes entre 35 et 60 ans, nous nous retrouvons pour écrire dans une pièce un peu en sous-sol au bout d’un long couloir. Nous sommes liées par une énergie particulière, l’écriture nous est libération et nous retrouver nous rend plus fortes.

Nous vivons dans un environnement étrange, qui tient de la grande communauté auto-gérée et du régime autoritaire : il n’y a apparemment pas de cellules familiales, et chacun s’active pour tous à des activités collectives (cuisine, ménage, autres) au sein d’un grand bâtiment. Il y a une marge de liberté (choix des activités, liberté d’aller et venir dans une certaine mesure), mais elle semble réduite (en particulier, nous ne pouvons pas sortir du bâtiment ; et certaines personnes portent des uniformes). Notre activité n’est pas clandestine, elle n’est pas non plus « approuvée » par les autorités.

J’ai rejoint le groupe plus récemment et je ne connais pas encore très bien les autres. Elles m’ont invitées à les rejoindre, c’est pour moi une chance, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour chacune d’entre elles (je suis la plus jeune du groupe). Ce sont des femmes qui ont vécu, dont les cheveux sont mêlés d’argent et de blanc, qui ont chacune à leur manière une jeunesse dans le regard, et une certaine gaîté qui dit « pourquoi pas ! » pour mettre au loin la tristesse. Je me mêle à elles mais je reste encore un peu en retrait, je sens qu’elles n’ont pas de confidences les unes pour les autres et cette intimité m’intimide.

Un jour où je me rends dans notre salle du sous-sol pour l’un de nos rendez-vous d’écriture, je trouve une policière au milieu du couloir, bloquant l’accès à la salle. Elle m’informe que notre groupe est dissous car « nous nous faisons plus de mal que de bien». Je comprends à demi-mot que l’une des femmes du groupe a été retrouvée morte dans la petite pièce.

Remontant à l’étage, je croise une autre femme du groupe occupée à préparer à manger avec d’autres personnes. Elle semble résignée à cesser nos activités (mais peut-être affirme-t-elle cela parce que nous sommes en public). Je me sens triste de ne pas savoir ce qui s’est passé au juste (est-ce vraiment un suicide ? Pourquoi?) et de ne pas réussir à savoir laquelle de ces femmes grisonnantes était celle qui a disparu (car ne les connaissant que depuis peu, je mélange encore les noms et les visages).

Je ne veux pas me résigner, mais je me sens très seule et je n’arrive pas à comprendre. Le monde m’apparaît soudain comme privé de lumière et de relief, un mélange de nuances brunes et grises jusqu’à l’horizon et adieu. Mon réveil sonne.